Député MR à Bruxelles
Echevin des Affaires économiques de la Ville de Bruxelles (Classes moyennes - Commerce - Emploi - Formation - Stationnement)

Un grand concours d'artistes-architectes-urbanistes pour embellir et harmoniser les entrées du Métro bruxellois

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L’urbanisme à Bruxelles, c’est une histoire  mouvementée de constructions et de déconstructions : sans vouloir retaper sur le vieux clou de la trop célèbre « bruxellisation », force est de devoir constater que la plupart des récents aménagements urbanistiques de Bruxelles s’apparentent à une succession d’actes manqués et au mieux de décisions «Plic-Ploc» : Place Poelaert, Rue Neuve, les abords de la gare centrale et de la gare du midi …

En matière de mobilier urbain,l’insuffisance de l’Autorité publique est encore plus désolante avec l’attribution du  fameux (fumeux) marché «Villo» ou quand l’offre de déplacements publics en vélo se transforme en une «déferlante de faces bien positionnées, bien éclairées …» A noter que ce sont les termes mêmes de la page d’accueil du site de la société Decaux, qui illustrent concrètement mon propos; je vous en laisse juge: «JCDecaux est leader du marché du mobilier urbain. Au niveau mondial. En Europe. En Belgique. Une position encore renforcée grâce au contrat Villo!. Notre offre 2010 intègre 275 mobiliers supplémentaires, soit 825 faces, à des endroits stratégiques sur Bruxelles. Et un nouveau support de communication: les garde-boue des Villo! Une déferlante de faces bien positionnées, bien éclairées et réparties de manière homogène dans tout le pays garantissent impact et qualité. Les performances supérieures de nos réseaux 2m² offrent au marché les maîtres-achats absolus pour tout annonceur désireux d’une campagne à l’effet coup de poing avec un ticket d’entrée résolument bas.» Cynique autant que pathétique, désolant, scandaleux … de la part de l’Autorité publique qui a autorisé cela ( qu’il est bon de rappeler ici: majorité « olivier » au Gouvernement régional bruxellois et Collège sortant de la Ville de Bruxelles)

Dans cette approche, on comprend à quel point l’espace public est instrumentalisé pour ne plus devenir qu’un support d’affichage.

Or  c’est bien l’instrumentalisation d’une ville qui la déshumanise .

 Considérer la ville  comme un organe vivant – comme un tout – est la base d’une bonne conception urbanistique de celle-ci.

Car  la physionomie de la ville  doit être adaptée à l’homme: en sachant qu’aménager un espace public c’est produire une impression globale sur l’homme (sentiment de sécurité, effet écrasant ou protecteur, apaisant ou stimulant) : le rôle des formes et des couleurs ( un architecte urbaniste, un créateur de mobilier urbain doit aussi être un  psychologue autant qu’un philosophe !)

La ville, trop souvent, n’est qu’une juxtaposition d’éléments, et à Bruxelles, le morcellement des compétences et l’intervention d’un nombre incalculable d’opérateurs et de décideurs aggravent encore cette situation .

Or, pour l’oeil du citadin qui se déplace dans sa ville, le déroulement des paysages est comme un film avec sa suite de séquences comme autant d’évènements, comme une suite d’expériences : le ressenti avant ou après ce film est très important pour l’équilibre psychique de ce citadin: son sentiment de bonheur ou de stress…

Le jaune flash de la Place Madou, vous avez dit beau? apaisant? 🙁

L’observation des espaces publics urbains contemporains montre une multiplication des objets et des dispositifs techniques dans l’espace urbain ;

Cette situation y est tout d’abord due  à ce premier phénomène,  déjà dénoncé plus haut, qui est la récupération publicitaire de tout mobilier urbain, pour des raisons de financement de celui-ci ; en effet, l’autorité publique le  concède à des sociétés d’affichage en perdant le sens-même de l’intérêt général et de la finalité de la mission concédée.

La deuxième raison de cet encombrement de l’espace public est la peur du vide –  comme s’il fallait à tout prix remplir l’espace public d’un tas de choses.

Ainsi, lorsque j’ai lancé l’idée d’introduire la demande de classement de la pelouse centrale de l’avenue Franklin Roosevelt, c’était, bien sûr, d’abord pour la protéger des velléités du gouvernement régional d’y implanter une voie de tram mais aussi pour en protéger la beauté «toute nue», cette perspective unique et magnifique sur son vallon dénudé ! 

Enfin, une troisième raison est cette autre mauvaise  tendance actuelle dénommée  occupation temporaire et évènementielle (exemples:  la sinistre « tour de la ville durable » qui fut placée par la ministre écolo de l’environnement, pendant trois mois en contrebas de la cathédrale Saint Michel ou la multiplication pendant plus d’un an de tous ces affreux cubes – supports de communications gouvernementales)-

En ce domaine de communication tout azimut  , il est essentiel que l’Autorité publique  puisse faire la part des choses entre d’une part , la nécessité de faire vivre la ville au rythme de l’évènementiel,de l’animation, de l’émotion… et puis d’autre part, le besoin de sérénité d’une ville… Là encore, tout est question de gout et d’équilibre.

En conclusion, un désign urbain réussi doit donc absolument rencontrer trois exigences; il faut des soins, des sous et  du goût :

– DES SOINS : L’aménagement contemporain vieillit mal car on ne fait pas assez attention à sa maintenance. Dans le choix d’un mobilier urbain, il faut penser aux risques de dégradation et à son entretien- Il faut réfléchir sur son implantation à long terme.

– DES SOUS : Les moyens ? A Bruxelles, nous les avons, notamment via Beliris, qui  a consacré en 2010, plus de 23 millions d’euros aux espaces publics; un fond, perpétuellement sous-utilisé,ou pire, mal utilisé.

– DU GOÛT :  l’absence d’harmonie et de coordination vient à Bruxelles- comme je l’ai déjà dit- de l’éclatement du processus décisionnel. Sans vouloir être vexante pour quiconque, par exemple, les plans d’aménagement de Béliris dessinés par des fonctionnaires fédéraux arrivant en train tous les matins de leur province natale n’ont peut-être pas la sensibilité adaptée à une ville à la fois historique et en devenir, ouverte et cosmopolite comme Bruxelles…

Dans cette recherche du goût, je veux encore souligner combien des initiatives personnelles peuvent produire de grands effets ,en prenant l’exemple historique d’Hector Guimard àParis et de ses célèbres bouches de métro, dont les entrées en style floral sont connues et reconnues par le monde entier. Aujourd’hui, on dénombre 86 accès de type Guimard à Paris, tous inscrits à l’inventaire  des monuments historiques depuis 1978. Depuis 1998, la RATP a engagé un vaste programme de rénovation de chacun des accès Guimard dans le souci du respect de l’œuvre originale. Aujourd’hui, la RATP, propriétaire des moules, a encore affirmé son attachement à ce patrimoine, à un point tel qu’elle en fabrique aussi pour les offrir à l’étranger : Montréal, New York, Lisbonne, Mexico.  Sur ce point,toutefois, méfions-nous de ce type de choix , qui, craignant la création contemporaine, voit  l’autorité publique privilégier les pastiches… mais à Bruxelles, avec les entrées publicitaires en triplex de la stib , on en est loin !

Enfin, dans les processus décisionnels pour créer et meubler un espace public figure la technique du concours : si dans le cas de Guimard, on a vu  qu’elle pouvait avoir ses limites et déboucher sur une initiative personnelle, dans tous les cas, l’autorité publique doit pouvoir faire preuve autant de sens pratique qu’esthétique pour tirer les fruits ou avoir le courage  de retenir ou d’abandonner un concours.

 Ainsi, au MR de la Ville de Bruxelles, dans cet esprit, nous voulons lancer le projet d’ un grand concours d’artistes-architectes-urbanistes afin d’harmoniser et d’embellir l’entrée de nos bouches de métro bruxelloises. Une simple ballade de la Place de Brouckère à la gare du midi en passant par la Bourse et la Place Anneessens vous persuadera de la nécessité et de l’urgence d’un tel projet !

Marion Lemesre

Députée-Chef de Groupe MR au Conseil communal de la Ville de Bruxelles

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